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États-Unis : un contrôle des armes ou de leur circulation impossible ?

Le président Joe Biden a dénoncé en juin une « épidémie » de violence par les armes à feu à laquelle les États-Unis sont confrontés « depuis trop longtemps ». Le démocrate voudrait tempérer voire empêcher ces fougues par des changements législatifs. Cependant, sa prise de position est vivement contestée par les pro-armes à feu, notamment par la National Rifle Association, organisation protégeant le droit de posséder et de porter des armes.

Une adoption des armes réclamée et contestée

Lorsque l’Angleterre proclame, en 1776, l’indépendance des États-Unis et le droit inaliénable de chaque homme à rechercher le bonheur, ce n’est que le début de la lutte et des ennuis des Américains. Cependant, en octobre 1781, le pays voit la reddition du tuteur britannique. Originairement composée de 13 Républiques, la Confédération est la scène d'un affrontement où les petits États comme le Massachusetts et Boston arrachent aux plus grands « le principe d’une voix par État ». Ce n’est que six ans plus tard que les 55 délégués réunis se mettent d’accord sur un texte constitutionnel, mais un nouveau conflit politique autour de l’adoption de ce texte éclate. Ce texte met en confrontation les fédéralistes et les anti-fédéralistes. Mais selon ces derniers, un gouvernement républicain convient à un petit territoire et ne saurait s'étendre à l'ensemble des États-Unis.

James Madison, un Virginien ayant la confiance de Washington et de Thomas Jefferson (troisième président des États-Unis), milite pour faire adopter la Constitution. Avec ce but en tête, il essaie de convaincre les anti-fédéralistes même s’il ne partage pas leurs craintes ni leurs opinions. Madison s’inspire de la déclaration virginienne pour proposer plusieurs amendements : « le but : assurer ‘l’unité nationale’ ». C’est alors que cinq États, à l’instar du Massachusetts et de la Virginie, proposent un amendement en faveur du droit de chaque citoyen au port d’armes, afin « d’assurer leur défense et celle de l’État ». C’est ainsi que le « droit de détenir et de porter des armes » est conçu. Cela explique également pourquoi, jusqu’à récemment, le deuxième amendement, reconnaissant « la possibilité pour le peuple américain de constituer une milice pour contribuer à ‘la sécurité d’un État libre’ et garantissant en conséquence à tout citoyen américain le droit de détenir des armes », n’a ni été contesté ni discuté.

Des différences entre les états

Lors de sa campagne présidentielle, Donald Trump a fortement été soutenu par la plus grande organisation du lobby des armes à feu aux États-Unis, la National Rifle Association (NRA). Mais entre les États américains, nous pouvons constater de grandes différences de réglementation. Les États républicains, notamment le Kansas, le Mississippi, le Missouri, le Wyoming, le Texas, la Floride ou encore l’Arizona sont bien plus permissifs que les autres. La loi fédérale interdit aux personnes potentiellement dangereuses d’acheter des armes à feu, mais dans les États cités, aucune vérification des antécédents n’est exigée. Les vendeurs fournissent donc des armes à feu à ces personnes sans le savoir. Dans certaines régions, les civils ont même le droit de transporter des pistolets cachés et chargés en public, sans permis.

Cependant, les États démocrates réglementent beaucoup plus durement l’accès aux armes à feu, notamment en Californie, en Oregon, au Maryland, au Connecticut, au Delaware ou encore à Rhode Island. Dans ces régions, une vérification des antécédents avant toute vente d’armes à feu est exigée, notamment concernant la santé mentale des acheteurs. Cette loi fédérale, critère déterminant de la législation de contrôle des armes, n’est pourtant pas respectée dans les États républicains. 

Plusieurs États américains ont d’ailleurs profité de la crise sanitaire pour adopter des lois plus permissives et faciliter le port d’armes en tous lieux et toutes circonstances. De quoi multiplier le nombre d’armes à feu en circulation dans le pays. La mode du port d’armes sans permis est en plein boum depuis quelques mois. Depuis février 2021, cinq États ont adopté de nouvelles lois ou assoupli les anciennes, comme l’Utah, où le port d’armes sans permis est entré en vigueur le 5 mai, exigent qu’elles soient dissimulées, dans un étui sous une veste par exemple. Le Tennessee, quant à lui, autorise ses habitants à porter leur revolver aux yeux de tous. Cinq autres États, dont la Louisiane et la Caroline du Sud, envisagent d’approuver également le port d’armes sans permis, ainsi que le Texas, où le Parti républicain s’est donné pour priorité de faire passer une loi en ce sens.

Aujourd’hui, les États-Unis sont le pays occidental dans lequel les civils possèdent le plus d’armes : 85 armes pour 100 habitants. Chaque année, près de 117.000 Américains sont touchés par des tirs et 33.000 en meurent. Selon de média américain Vox, une fusillade de masse faisant au moins quatre victimes se produit plus d’une fois par jour.
 

Armes aux USA : manifestations

Des débats incessants

À la suite d’un taux d’homicides par armes à feu extrêmement élevé et des événements tragiques réguliers, le président Joe Biden a appelé le Congrès d’instaurer des mesures en vue d’interdire les fusils d’assaut. Il avait par ailleurs promis lors de sa campagne présidentielle de faire de la régulation des armes une priorité dès son premier jour de mandat. Sous l’administration d’Obama, il avait d’ailleurs déjà essayé de réformer ce droit, mais en vain. Le Sénat, appuyé par la National Rifle Association (NRA), avait rejeté sa proposition. Pourtant, l’opinion publique américaine est massivement favorable à une régulation des armes. 

Aux États-Unis, grâce au deuxième amendement de la Constitution, chaque citoyen a le droit d’être armé au nom du droit de l’auto-défense. Le port d’arme est donc premièrement réglementé au niveau fédéral, puis par chaque État. Il est donc difficile d’envisager une suppression totale du droit du port d’armes alors que cela fait partie de l’essence même des États-Unis. Les élus du Sénat sont largement appuyés par la NRA, qui finance des campagnes électorales comme celle de Donald Trump, mais est aussi capable de détruire ou de porter une personnalité politique. Même si elle est affaiblie par des poursuites judiciaires et des difficultés financières, le lobby reste très actif au Congrès, surtout auprès des républicains. Malgré une majorité de démocrates au sénat, Joe Biden a besoin du soutien d’au moins dix républicains du Sénat pour que son projet de loi soit adopté, ce qui reste difficile.

La limitation sur la vente des armes à feu

Le président américain Joe Biden a présenté en juin de nouvelles mesures pour essayer de limiter la circulation des armes à feu, en argumentant que le taux de criminalité sur le sol américain avait augmenté depuis quelques années. Avec une hausse de 30 % des homicides dans les plus grandes villes du pays, l’année 2020, malgré les confinements à cause de la Covid-19, fut l’une des plus meurtrières depuis vingt-cinq ans. Cette année, les données montrent que les violences se répandent : qu’importe la ville, républicaine ou démocrate. Depuis Washington, Joe Biden a dénoncé une « épidémie » de violence par les armes à feu à laquelle les États-Unis sont confrontés « depuis trop longtemps et qui s’est aggravée depuis le début de la crise sanitaire ».

Le président a annoncé la création de cinq unités spéciale pour s’attaquer au trafic des armes. Elles seront focalisées à New York, Chicago, Los Angeles, San Francisco et à Washington, villes qui ont enregistré une forte hausse de criminalité depuis un an et demi. Ces unités, composées de procureurs fédéraux, de policiers spécialisés et acteurs locaux, enquêteront et démantèleront les réseaux qui font entrer des armes criminelles dans les communautés avec des conséquences tragiques.

Au cœur des débats, Joe Biden est revenu sur le deuxième amendement de la Constitution. En réponse à ceux qui refusent toute forme d’encadrement, il affirme qu’il y a toujours la possibilité de limiter le type d’armes qui peuvent être utilisées. Selon le président démocrate, la violence par armes à feu aux États-Unis est une « honte internationale ». Joe Biden a d’ailleurs signé six décrets à la portée des armes mais avec une limitation. Une des mesures visait à lutter contre les « armes fantômes », qui sont fabriquées artisanalement, parfois avec une imprimante 3D, et surtout qui n’ont pas de numéro de série.
 

Enfants avec des armes

Malgré toutes les contestations qu’elles subissent, les armes à feu ont toujours été au cœur des débats politiques et sociaux. Et pour cause, elles représentent dans un sens l’histoire des États-Unis, depuis le temps de la création de la Constitution et des cowboys. Chaque petit garçon américain rêvant d’être un Lucky Luke jouait avec un pistolet et voulait protéger son territoire des Indiens. Mais les armes ne sont pas uniquement un rêve pour les petits : revendiquer le droit de porter les armes pour tous les citoyens, c’est également s’émanciper. Pour de nombreux Américains, majoritairement républicains, le deuxième amendement de la Constitution est une libération pour l’individu, où ce dernier doit assurer sa propre sécurité. 

Mais cette tradition historique est également la source d’un grand nombre de fusillades. Les massacres de masse, comme la fusillade de Columbine, une tuerie en milieu scolaire qui s'est produite le 20 avril 1999 à l'école secondaire au Colorado, sont une des pires cauchemars des Américains. Selon Joe Biden, cette « épidémie » de violence par les armes à feu à laquelle les États-Unis sont confrontés dure « depuis trop longtemps et qui s’est aggravée depuis le début de la crise sanitaire ». Cette violence est même une « honte internationale », de laquelle le pays souhaiterait se détacher.

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