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Point de vue

KABOUL : LA FRANCE N'ABANDONNERA PAS CEUX QUI L'ONT SERVIE.

La nouvelle est tombée comme un couperet au lendemain de l'attentat suicide qui aurait coûté la vie à au moins 160 afghans et 13 marines de l'armée des États-Unis : le pont aérien, dernier espoir de liberté pour des milliers d'afghans, se refermera inéluctablement le 31 août. Une date butoir pour les américains mais que de nombreux pays européens ont d'ores et déjà devancée, les dernières évacuations des ressortissants et « protégés » de ces nations ayant pris fin vendredi en ce qui concerne la France, la Suisse, l'Italie ou l'Espagne et samedi en ce qui concerne les britanniques. Selon des chiffres fournis par le gouvernement américain, 117 000 chanceux évacués par leurs soins ont pu sortir de l'enfer de Kaboul depuis le 14 août, veille de la prise de la ville par les talibans. La France aurait quand à elle permis le sauvetage de 2 834 personnes « à une écrasante majorité d'afghans » selon les dires d'Emmanuel Macron, en visite officielle à Bagdad. Mais combien sont-ils encore, qui auraient besoin de quitter le pays en raison des risques réels de mort qui planent sur leurs têtes ? Combien sont-ils à se sentir aujourd'hui abandonnés, trahis par ces puissances occidentales auxquelles ils ont fourni, de part leur travail, une aide précieuse dans les missions qui étaient les leurs ?

Depuis l'Irak, Emmanuel Macron le concède : même si la France est parvenue à évacuer 2 600 afghans sur les 2 834 personnes qu'elle a exfiltré, ils sont encore nombreux, ceux qui ont servi notre nation, à rester sur le sol afghan. Collaborateurs d'ambassade, supplétifs et interprètes de l'armée française, ils figuraient pourtant sur les listes des personnes à évacuer prioritairement. La réalité est pourtant tout autre et ils semblerait que le choix des personnes à évacuer ait été plus élitiste. Selon les dires de Didier Leschi, directeur général de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), la grande majorité des afghans parvenus en France ferait partie d'une certaine élite intellectuelle et politique : «  il y a des anciens fonctionnaires du gouvernement afghan, des personnes qui avaient des situations en Afghanistan, des médecins, procureurs, artistes, journalistes... » Ces propos troublants recueillis par France Info, pourraient malheureusement laisser penser que l’État français a choisi de sacrifier celles des petites mains qui l'ont servi, pour favoriser plutôt l'intelligentsia afghane.

Car en travaillant pour la France, ces abandonnés de la République se sont gravement compromis aux yeux des talibans qui voient en eux des « apostats » au service des « infidèles ». Leur collaboration avec notre nation fait d'eux des traîtres à leur patrie et il y a fort à redouter que le châtiment que les nouveaux maîtres du pays leur réservent soit à la hauteur de leur sinistre réputation. Leurs noms sont inscrits depuis longtemps sur les listes noires des « étudiants en théologie » qui déjà se déploient dans la ville de Kaboul, dans un porte à porte mortel, à la recherche de ceux qui doivent être éliminés. Alors ils se terrent dans leurs maisons ou celles de proches qui veulent bien les cacher et ils n'en sortent pas, même pour aller chercher de quoi se nourrir. Leur seul contact avec le monde se résume aux appels de détresse qu'ils lancent sur les ondes ou les réseaux sociaux.

Ces femmes, ces hommes qui nous ont fidèlement servis, nous devons les entendre et les secourir, il en va de l'honneur de notre nation. Emmanuel Macron s'y est engagé, notre devoir est « de protéger ceux qui ont travaillé pour la France » et la fin de l'opération Apagan ne signifie pas pour le Président de la République Française l'abandon de toutes procédures de sauvetage. Les négociations actuellement menées par l’État français avec les talibans et l'émir du Qatar sont plus qu'un espoir de sauver des vies supplémentaires, elles nous permettront également de renouer avec notre grandeur. Il semblerait qu'elle aient fort heureusement des chances d'aboutir, les talibans, en quête de reconnaissance internationale, semblant vouloir se montrer conciliants. Ainsi, un de leurs porte-parole a affirmé récemment sur twitter, que chaque Afghan muni de documents légaux pourra voyager en dehors du pays après la reprise des vols commerciaux.

Bien qu'Emmanuel Macron se montre très prudent quand aux chances de succès des discussions « extrêmement fragiles et provisoires » qui ont lieu actuellement entre la France, les talibans et le Qatar, des solutions semblent d'ores et déjà se dessiner. Ainsi le Qatar pourrait aménager des ponts aériens voire même rouvrir des lignes aériennes avec l'Afghanistan, qui permettraient des opérations d'évacuation « dans un cadre forcément et systématiquement négocié avec les talibans » puis qu'ils sont désormais les maîtres du pays. Le Chef de l’État français ne s'arrête pas là dans sa volonté d’œuvrer pour « protéger et rapatrier des Afghanes et des Afghans en situation de risque », puisque dès lundi et conjointement avec le Royaume-Uni, il va plaider auprès de l'ONU afin que soit crée à Kaboul une « safe zone », qui permette de poursuivre les opérations humanitaires sur place. Cette volonté réaffirmée solennellement ce dimanche par Emmanuel Macron fait honneur à l’État Français, et rendra peut-être à celles et ceux qui vivent aujourd'hui entre attente anxieuse de la libération et peur panique des représailles, la confiance qu'ils avaient placée dans notre pays et nos dirigeants.

Sophie RENAUD

 

 

 

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