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Point de vue

5 films sur la politique française

La campagne présidentielle bat son plein et les caméras se braquent sur les candidats. À l’instar des journalistes, de grands réalisateurs scrutent la conquête du pouvoir et l’exercice de l’État. Coup de projecteur sur une sélection de 5 films sur la politique française.

Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité.

Jean Cocteau

La Conquête

Long-métrage sorti alors que Nicolas Sarkozy était au pouvoir, La Conquête se penche sur le storytelling. Xavier Durringer opère une mise en abyme dans la représentation et la théâtralisation de la posture du candidat. Le réalisateur filme un homme se mettant en scène devant les médias afin de toucher émotionnellement le public, de séduire son électorat en 2007. Durringer observe, fasciné, que le pouvoir se prend pratiquement seul, avec une équipe resserrée incluant quelques postes clés : directeur politique, auteur de discours, chargé de communication.

Le personnage : Nicolas Sarkozy

Le réalisateur établit ce qu’il nomme une schizophrénie entre Nicolas Sarkozy et Denis Podalydès, qui l’incarne à l’écran. Parfois le protagoniste suscite l’empathie, on aime l’homme et on déteste ce qu’il dit, parfois on aime ce qu’il dit et on déteste l’homme. Le public est pris dans des émotions contradictoires. La violence ne se niche pas dans les petites phrases du personnage de Sarkozy mais dans ses contradictions. Les discours sur l’humanisme, sur la nationalité, sur l’héritage de gauche (Blum, Jaurès) contrastent avec les décisions prises une fois au pouvoir.

La Dernière campagne

La Dernière campagne s’appuie sur un feuilleton rédigé par les journalistes du Monde Françoise Fressoz et Pascale Robert-Diard. Bernard Stora utilise la fiction comme moyen d’investigation historique ou politique. Le point de départ est la fameuse frasque de Jacques Chirac en 2012 : « Je peux dire que je voterai Hollande. » Refusant tout manichéisme, le réalisateur compose un univers où se mêlent la réalité, la fiction, le rêve, la fantaisie. Les personnages apparaissent dans des situations mi-réelles, mi-imaginaires. Léger, le film a l’air frivole mais s’avère féroce.

Le personnage : Jacques Chirac

Bernard Le Coq reprend le rôle qu’il avait tenu dans La Conquête et incarne un Jacques Chirac vieillissant, affaibli par la maladie. L’ancien président pense conserver une influence et avoir un rôle à jouer durant la campagne électorale de 2012. Il règle ainsi des comptes avec Nicolas Sarkozy qui l’a trahi en 1995. Un Chirac onirique, voire onanique, soutient et conseille François Hollande pour faire battre son adversaire par affinités politiques également. Il défend le sens du compromis vis-à-vis de l’affrontement direct qui est l’image de marque de Sarkozy.

Le Promeneur du Champ-de-Mars

Robert Guédiguian narre à la fois l’histoire de France et la mort d’un homme seul dans Le Promeneur du Champ-de-Mars, inspiré de l’ouvrage de Georges-Marc Benamou, Le dernier Mitterrand. Au tournant de 1994-1995, les révélations sur Vichy, Mazarine et le cancer focalisent l’attention. Le film repose sur la relation entre un jeune journaliste et le président moribond. Le huis clos fait écho au dialogue diderotien entre Jacques le Fataliste et son maître. À travers les échanges entre les deux protagonistes, le réalisateur s’interroge sur la possibilité du socialisme en Occident.

Le personnage : Le président (François Mitterrand)

Le spectateur contemple le face-à-face d’un homme avec la maladie et la mort. Selon la célèbre citation gaullienne, « la vieillesse est un naufrage », celui du corps. Bravache, le président, double de François Mitterrand à l’écran, conserve une posture de défi face au déclin. Le réalisateur travaille la figure du roi, au sens théâtral, telle que représentée dans la tragédie antique, Shakespeare ou les classiques français. Le « dernier des grands présidents », qui a un certain pouvoir, en connaît les contours, les limites et s’éteint en homme libre.

Quai d’Orsay

Tiré de la bande dessinée éponyme coécrite par Antonin Baudry, Quai d’Orsay évoque la vie du cabinet du ministre des Affaires étrangères. Arthur Vlaminck (alter ego de Baudry), jeune diplômé de grandes écoles, est engagé comme plume en 2002. Bertrand Tavernier montre l’envers du décor, soit un microcosme de complexité, de travail acharné, de coups de poignards. Le fameux discours de l’ONU naît dans le chaos. Ponctuée de citations des Fragments d’Héraclite, la comédie offre de nombreux moments de drôlerie tout en conservant une logique dramatique.

Le personnage : Alexandre Taillard de Worms (Dominique de Villepin)

Personnage de fiction librement inspiré de Dominique de Villepin, Alexandre Taillard de Worms est flamboyant, fantasque, mégalomane, obsessionnel. Le ministre bouscule son cabinet, lui fait tout refaire à l’infini. Véritable cyclone à lui tout seul, il est tellement habité qu’il est entouré d’un perpétuel courant d’air mais ne s’en aperçoit pas. Au-delà d’une présence envahissante, de ses monologues et de ses logorrhées, Taillard défend une vision du monde juste. Il lutte avec une énergie démesurée contre un génocide en Afrique ou une politique étrangère américaine abusive.

L’Exercice de L’État

Gaspard Gantzer considère que L’Exercice de L’État est le plus grand film qui a été fait sur la politique en France. L’expert en communication observe que Pierre Schoeller dépeint avec beaucoup de justesse la réalité du pouvoir et du travail dans les cabinets ministériels. Le film donne des clefs pour comprendre les us et coutumes d’un gouvernement confronté aux règles dictées par la crise, l’hypermédiatisation et l’urgence électorale. Le pouvoir a changé de main, le privé mène la danse et les hauts fonctionnaires suivent la cadence.

Le personnage : Bertrand Saint-Jean (le ministre des Transports)

Lorgnant la Physiologie de l’employé de Balzac, le réalisateur suit le quotidien d’un ministre des Transports aux prises avec la dureté de la vie politique. Le film révèle les faiblesses de l’homme public, qui est assailli par les mêmes tensions, contradictions, préoccupations que tout un chacun. Issu du peuple, Bertrand Saint-Jean tient beaucoup à son storytelling populaire mais est happé par le prestige de sa fonction, note Gantzer. Il peine à rattacher sa vie de ministre à l’histoire qu’il s’est racontée à lui-même et qu’il tente de raconter au public.

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