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Point de vue

Brésil : Les défis du président Lula

Luiz Inacio Lula da Silva a pris ses fonctions de président de la république fédérative du Brésil le 1er janvier 2023 à Brasilia. Lula devient le premier dirigeant politique brésilien à effectuer trois mandats présidentiels dans un contexte rocambolesque suite à son emprisonnement, qui l’avait empêché d’affronter Jair Bolsonaro en 2018, puis à sa sortie de prison. Le nouveau chef d’État doit désormais faire face à d’immenses défis.

Le Brésil, un éternel émergent

Selon une fameuse citation attribuée à De Gaulle (ou à Clémenceau), « le Brésil est un pays d’avenir et il le restera. » Le pays connaît en effet une situation très compliquée sur le plan socio-économique et s'apprête à connaître une faible croissance en 2023 avec des prévisions de seulement 1 %. L’État brésilien est par ailleurs fortement endetté et va devoir payer des intérêts sur cette dette. De façon générale, les chiffres alarmants marquent un recul de 20 à 30 ans en arrière en matière de pauvreté, d’inégalités, d’informalité :

  • 30 % des habitants sont pauvres.

  • 10 à 15 % de la population souffre de la faim.

  • Près de 30 000 000 de Brésiliens ne mangent pas quotidiennement à leur faim.

  • La moitié de la population est frappée d’insécurité alimentaire au sens large du terme.

Un projet en faveur de la démocratie

Lula entend mettre un coup d’arrêt au projet bolsonariste, considéré autoritaire, et redonner à la démocratie ses lettres de noblesse. Pour le nouveau président, la sauvegarde d’une démocratie brésilienne rénovée, consolidée, reconstruite s’incarne de la façon suivante :

  • l’équilibre entre les pouvoirs de l’appareil d’État, les liens entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire, le respect des pouvoirs et des contre-pouvoirs.

  • l’intégration dans les ministères et dans la politique de demandes citoyennes concernant les droits individuels et collectifs.

  • la prise en compte des exigences en matière de droits des populations autochtones avec la création d’un ministère des Peuples indigènes.

  • la légalisation des terres indigènes au Brésil en vue de protéger la forêt amazonienne de toute agression (fin de la déforestation illégale, régulation de la déforestation légale) ainsi que les autres foyers de biodiversité.

Un État souverain et ouvert au multilatéralisme

Lula considère que la question amazonienne doit être gérée de manière solidaire sur le plan international, mais jamais dans une dynamique de soumission du Brésil envers les pays européens ou les États-Unis. Le président brésilien se montre ouvert à la négociation tandis qu'il attend des engagements concrets des pays de la communauté internationale pour gérer cette question. Lula indique par ailleurs que sa priorité sera la politique étrangère et a rappelé l’importance de la souveraineté du Brésil, qui doit jouer un rôle fort et actif dans les relations internationales. L’objectif est de relancer l’union des nations sud-américaines, moribonde, et de réintégrer la CELAC, dont Bolsonaro avait fait sortir le Brésil. La diplomatie brésilienne a ainsi vocation à se redéployer dans tous les espaces dans un esprit de multilatéralisme. Les priorités énoncées sont l’Afrique, les BRICS et les relations avec les partenaires traditionnels européens, américains et chinois.

Le Brésil, puissance productive

Lula veut que le Brésil devienne une puissance productive, pas simplement une puissance d’exportation de ressources naturelles, de matières premières et de produits agricoles, mais un pays capable d’avoir « une industrie nationale, productive, efficace, compétitive ». Cela permettrait à l’État brésilien de ne pas dépendre des pays étrangers en matière de technologie, d’énergie, de services et de télécommunication. Le nouveau président veut des filières productives brésiliennes qui puissent non seulement produire pour le Brésil mais être compétitives pour concurrencer les industries des pays riches. Il s’agit dès lors de trouver les ressources financières permettant d’investir, d’éduquer, de former des élites brésiliennes, des ingénieurs, des techniciens afin de servir tous les projets évoqués et de redistribuer l’ensemble des richesses produites à l’ensemble de la population pour lutter contre la pauvreté, la faim, les inégalités.

Des marges de manœuvre limitées

Le président Lula est à la tête d’un pays n’ayant guère de marges financières à l’heure actuelle. Le Brésil est confronté à une dégradation économique très forte tandis que la loi fiscale interdit à l’État de dépenser plus que le taux de l’inflation de l’année précédente et ce durant les 20 prochaines années. Cette contrainte interdit toute grande politique d’investissements publics au Brésil. Lula sera par ailleurs tenu de négocier avec le Congrès, au sein duquel il n’a aucune majorité, afin de revoir cette loi d’airain fiscale. Le nouveau président devra également affronter les marchés financiers et dialoguer avec les institutions financières internationales pour revoir le schéma du paiement de la dette souveraine brésilienne. Pour ce faire, Lula compte beaucoup de soutiens parmi les chefs d’État latino-américains confrontés aux mêmes difficultés après la pandémie de Covid-19 qui a frappé la région et le monde entier.

Enfin, le bolsonarisme demeure une force politique, sociale et culturelle très puissante au Brésil. La prise d’assaut des lieux de pouvoir par des partisans de l’ancien président en atteste tragiquement. Lula va ainsi devoir rassembler la population brésilienne et réconcilier une nation coupée en deux blocs, très polarisés, qui ne se parlent plus aujourd’hui.

Feliz Ano Novo e os melhores votos para todos!

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