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Les présidents de la République et l’équipe de France

Football et politique sont aujourd’hui plus que de simples coéquipiers. C’est un formidable duo où le football peut être comparé à un numéro dix qui délivre des caviars à son avant centre la politique. Le sport préféré des français soulève des enjeux qui vont bien au-delà du ballon rond. L’intégration sociale, ou encore la lutte contre les discriminations sont autant de sujets sur lesquels le football peut influer. Les gouvernements qui se sont succédés à la tête de l’Etat ont su saisir au gré des décennies le pouvoir de ce sport pour l’apprivoiser.

Les premières graines de ce rapprochement semé lors de l’Euro 1984 

La relation entre la politique et le football n’a pas toujours été aussi étroite. En effet, durant les années 1980, les dirigeants de notre pays n’avaient aucun intérêt pour le ballon rond. L’exemple le plus marquant de cette tendance est l’Euro 1984 organisé dans notre pays. La France faisait office de grand favori à la victoire finale, pourtant aucun responsable de l’Etat n’avaient assisté au match d’ouverture entre la France et le Danemark. Il n’était même pas sûr que François Mitterand assiste à la finale.
Le climat social était assez tendu avec de nombreuses manifestations suite au projet de loi Savary mais le président Mitterand n’avait pas voulu « surfer » sur cet élan de joie chez les français pour renverser l’opinion public. A cette époque on ne voyait pas encore le football comme un sport capable de rapprocher la population. De plus, le sport n’est pas l’un des sujets favori du premier Président Socialiste de la cinquième République. Il n’y a même pas de Ministère du Sport, il était rattaché au ministère du « Temps Libre ».

La victoire des bleus aura néanmoins eu le mérite de changer la perception du football et plus largement du sport chez François Mitterrand. En 1988, il fait émerger l’idée d’organiser une coupe du monde en France. Les quelques scènes de liesses relayées dans les médias ont convaincu le Président que le football pouvait réconcilier une nation tout entière. La réaction du ministère du Sport confirmera donc cette tendance. 

Le mondial 1998 révolutionne la vision des politiques envers le football 

La coupe du Monde 1998 sera le tournant du rapprochement entre le sport et la politique. Jacques Chirac qui n’est pourtant pas un grand amoureux du football réussira à utiliser la victoire des bleus pour accroître sa cote de popularité. Il s’affiche très souvent avec les bleus lors de la coupe du monde n’hésitant pas à aller les voir dans les vestiaires avec un maillot floqué du numéro 23. Il s’associe ainsi à la sélection en étant le « premier supporter ». Il imite également les habitudes des joueurs comme lors de la remise de la coupe du monde où il embrasse le crâne du gardien Fabien Barthez, chose habituellement faite par Laurent Blanc. Ce baiser brise totalement les codes et humanise le président qui devient un supporter et non un chef d’Etat. Durant la coupe du monde le président assiste à tous les matchs des bleus allant de son petit commentaire à la fin des matchs, il qualifie ainsi la demi-finale remportée face à la Croatie comme « l’un des plus beaux jours du sport français ». Il parvient à s’associer à l’image de l’équipe de France dont le niveau de sympathie est très fort auprès de la population. Il parvient à gagner 18 points dans les sondages et se démarquer de son premier ministre et « rival » Lionel Jospin. 

Cette coupe du monde va complètement bouleverser la relation que les politiques entretiendront avec les bleus. Jacques Chirac instaure quelques traditions comme la visite du président à Clairefontaine avant les compétitions. Le football devient ainsi un enjeu politique capable de rassembler la nation. Au-delà de la sympathie pour Jacques Chirac, la coupe du monde 1998 aura stimulé le sentiment d’appartenance des français et des thèmes comme l’intégration des immigrés sera symbolisée via le célèbre triptyque « Black, Blanc, Beur ». 

Sarkozy : un hyper président grand fan de football 

Contrairement à son prédécesseur, Nicolas Sarkozy est un passionné de football. Très souvent présent en tribune lors des matchs du Paris Saint-Germain et de l’équipe de France avant son mandat, il se qualifiait de « vrai supporter » en 2004. 

Cet amour pour le football et plus généralement le sport est un atout pour le président dans sa communication. Cela lui donne une certaine proximité et le rend accessible auprès des citoyens notamment lorsqu’il est filmé en train de faire son jogging avec son premier ministre. Le mythe du président « sérieux » est ainsi désacralisé. Le président se donne une image d’un homme moderne et en pleine force de l’âge. 

Sa connaissance poussée pour le ballon rond lui a permit de s’immiscer dans les affaires de l’équipe de France durant ses heures les plus sombres. 
Plusieurs rendez-vous avec Raymond Domenech ont eu lieu afin de parler de l’équipe de France avant le mondial 2010. Le président espérait un bon parcours des tricolores afin de remonter dans les sondages. Comme Jacques Chirac, il perpétue la tradition en rendant plusieurs fois visite aux bleus avant les grandes compétitions. 

Le fiasco de Knysna n’aidera malheureusement pas Nicolas Sarkozy à regagner le cœur des français mais il représentera une nouvelle occasion de gérer les affaires du football français. Le président ordonne la création d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur cette crise. Malgré son rôle, le président n’a pas le pouvoir de gérer les affaires des bleus. Jamais un président de la République ne s’était autant investi dans l’équipe de France. Est-ce pour son amour de ce sport ou part sa volonté de tout contrôler ? Une chose est sûre, il n’a pas failli à sa réputation d’hyper-président. 

Porté par son amour pour le football, l’ancien président a entretenu une relation passionnelle avec les bleus durant son mandat mais cela ne lui a finalement pas profité. Les mauvais résultats des bleus et les nombreuses polémiques auront plutôt plombé sa cote de popularité où Sarkozy et Domenech se partagent tour à tour la place d’homme le plus impopulaire de France. 
Aujourd’hui encore et alors qu’il s’est retiré du jeu politique, il n’est pas rare de le voir en tribune du Parc des Princes au côté de Nasser Al Khelaïfi. Des rumeurs (fondée où non) l’ont même envoyé à la tête du club de la capitale. 

François Hollande, une relation compliquée avec les bleus

Le second président socialiste de la cinquième République s’inscrit dans la même lignée que Nicolas Sarkozy. C’est un fin connaisseur de football, il a même tapé dans la balle durant sa jeunesse au Football Club de Rouen. Malheureusement, lors de son quinquennat sa relation avec les joueurs ne sera pas de tout repos. 
L’une des mesures phare de son programme, la taxe à 75 % pour les revenus supérieurs à 1 000 000 €, lui a attiré les foudres du football français. Il faut dire que les joueurs qui perçoivent cette somme en Ligue 1 sont très nombreux. 

Son attrait pour le football lui a également valu des critiques de la part de l’opposition lors de la Coupe du Monde 2014 au Brésil. Son message adressé aux bleus sur TF1 juste avant le début de la compétition lui a valu les critiques de Valérie Pécresse qui a exprimé à ce propos « Jamais n’avait-on vu un tel abaissement de la fonction présidentielle ».  Ses sorties médiatiques à double sens où l’aspect politique est très, voire trop visible, ont été mal perçues. On comprend ainsi que François Hollande connaît les bienfaits d’une victoire des bleus peut avoir sur son mandat à l’heure où sa popularité est au plus bas. Cependant, sa communication trop stéréotypée a provoqué la réaction inverse chez les français. A contrario de Jacques Chirac qui se plaçait en supporter, François Hollande garde sa posture de président. 

Quelques mois avant la fin de son mandat, le livre « Un président ne devrait pas dire ça » a été publié. Cet ouvrage retrace cinq années d’entretiens entre les auteurs et le président. De nombreuses polémiques ont découlées de la parution de ce livre, notamment la vision du chef d’état vis à vis des joueurs de football qu’il qualifie de « gamins mal éduqués » et « sans valeurs ». Cette critique a été mal perçu chez les footballeurs alors que le président s’était rapproché d’eux avec les bons résultats des tricolores (quart de final coupe du monde en 2014 et finale de l’Euro en 2016). Cette sortie médiatique fait très mal au président et lui donne une image d’un homme peu sincère. Par ailleurs, ce jugement vis à vis des joueurs rend presque impossible un rapprochement avec l’équipe en cas de bonne performance. 

Emmanuel Macron, une victoire des bleus mais une défaite politique

Comme ses deux prédécesseurs, Emmanuel Macron est un fan de football. Alors candidat à l’élection présidentielle, il avait déclaré être supporter de l’Olympique de Marseille : « Pourquoi je soutiens l’OM ? Parce qu’ils m’ont fait rêver ! Ils m’ont fait pleurer parfois. Ils m’ont fait vibrer. ». Le Président de la République a même porté les couleurs de l’ENA lorsqu’il y faisait ses études. 

Cependant, Emmanuel Macron a obtenu quelque chose à contrario de ces prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et François Hollande : ce sont les résultats de l’équipe de France. Sous son mandant, les bleus sont devenus pour la seconde fois de leur histoire champion du Monde, une formidable opportunité pour le plus jeune président de la cinquième République de se démarquer. 

À l’approche du mondial en Russie, le Président a confirmé la tradition en rendant visite aux bleus. Il s’est tout de même démarqué en donnant un objectif très élevé aux joueurs avec « Une compétition est réussie quand elle est gagnée ». A travers ce propos il ne se place pas comme un supporter de l’équipe de France, mais plutôt comme un leader.

Durant toute la compétition Emmanuel Macron ne va jamais quitter sa sature présidentielle, le sacre mondial n’y fera rien.  Il va par ailleurs être reproché au Président de s’être approprié la victoire des bleus dans un but politique. En effet, lors du retour des joueurs en France le défilé sur les Champs Elysée n’a duré que 15 minutes quand les joueurs sont restés plus de 2 heures à l’Elysée. Le retard pris par les bleus à leur arrivée en France et les contraintes sécuritaires auront causé du tort au Président.  Il perd même des points dans les sondages par rapport à ceux du mois de juin.   

En définitive, c’est le président le moins passionné par le football qui a réussi a profité au mieux de la popularité de l’équipe de France. Il faut dire que le rejet de la classe politique par la population était moins important et les opérations de communication étaient moins présentes. La frontière entre passion pour le football et récupération politique est très fine, les trois derniers Président nous le montrent. Il faut néanmoins nuancer ce propos, en y ajoutant la dimension sportive. Même avec la meilleure communication possible sans résultats probants, le football ne peut pas servir la politique. 

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